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France Données de santé HDS RGPD AI Act SecNumCloud EHDS Conformité

Données de santé et IA en France : guide HDS, RGPD, AI Act

Par Mordehai Attia 14 min de lecture
RGPD + Loi Informatique et Libertés
Le socle : données sensibles, article 9, autorisations CNIL
20 M€
Certification HDS
Hébergement obligatoire certifié, référentiel v2 depuis 2024
Pénal
AI Act
Classification haut risque, marquage CE, obligations fournisseurs
35 M€
SecNumCloud
Qualification ANSSI, immunité extraterritoriale, capitaux européens
350+
EHDS — Espace européen des données de santé
Réutilisation secondaire, ORAD, interopérabilité paneuropéenne
2029

Développer un outil d’IA qui exploite des données de santé en France, c’est affronter l’un des cadres réglementaires les plus exigeants au monde. Cinq couches de règles se superposent : le RGPD et la loi Informatique et Libertés, la certification Hébergement de Données de Santé (HDS), le règlement sur l’IA (AI Act), la qualification SecNumCloud de l’ANSSI, et le règlement sur l’Espace européen des données de santé (EEDS/EHDS) entré en vigueur en mars 2025.

Pour une startup qui veut entraîner un modèle de diagnostic sur des imageries médicales ou un éditeur de logiciel qui intègre un chatbot dans un parcours patient, le terrain est miné. Cet article fait le point sur chaque strate réglementaire, les obligations concrètes, les sanctions encourues et les bonnes pratiques pour naviguer dans ce maquis juridique.

I
Périmètre

Le mot « donnée de santé » va plus loin qu’on ne le croit

La définition est plus large qu’on ne l’imagine. L’article 4(15) du RGPD qualifie de données de santé toutes les données relatives à la santé physique ou mentale d’une personne physique, y compris la prestation de services de soins, qui révèlent des informations sur son état de santé.

Concrètement, cela englobe les résultats d’analyses biologiques, les imageries médicales, les prescriptions, mais aussi les données de capteurs connectés (montres, tensiomètres) ou les informations collectées par une application de suivi de symptômes.

L’article 9 du RGPD classe ces données parmi les catégories particulières (dites « sensibles »), dont le traitement est interdit par principe. Les exceptions sont limitées et strictement encadrées : consentement explicite, motifs d’intérêt public dans le domaine de la santé publique (article 9-2-i), recherche scientifique (article 9-2-j), ou nécessité pour les soins.

Le piège du croisement de données
Une donnée devient « donnée de santé » dès qu'elle est croisée avec d'autres informations permettant de tirer une conclusion sur l'état de santé d'une personne. Un simple code postal combiné à des données de fréquentation d'une pharmacie peut suffire.
II
Le socle réglementaire

Le double verrouillage du RGPD et de la loi Informatique et Libertés

En France, le traitement de données de santé ne se limite pas au RGPD. La loi Informatique et Libertés maintient des formalités préalables spécifiques qui vont au-delà du principe d’accountability européen. La Commission de l’IA a d’ailleurs critiqué ce point dans son rapport de mars 2024, estimant que la France impose des contraintes plus lourdes que le cadre européen.

La base légale (article 6 RGPD) et la dérogation pour données sensibles (article 9 RGPD) sont deux questions distinctes et cumulatives. Beaucoup d'acteurs confondent les deux, ce qui génère des erreurs de conformité.

Le régime des autorisations

Comme le détaille la CNIL dans ses formalités pour les traitements de données de santé, il faut distinguer plusieurs cas.

Situation Formalité requise Base juridique
Recherche conforme à une méthodologie de référence (MR) Déclaration de conformité à la MR Art. 66 loi IL + art. 9-2-j RGPD
Recherche hors MR Autorisation préalable CNIL + avis CESREES Art. 66 III loi IL
Entrepôt conforme au référentiel Déclaration de conformité au référentiel Délibération CNIL 2021-118
Entrepôt hors référentiel Autorisation spécifique CNIL Art. 66 III loi IL
Traitement hors recherche, intérêt public Autorisation CNIL Art. 44-3° loi IL
Consentement explicite du patient Pas de formalité préalable Art. 9-2-a RGPD

Ce que la CNIL exige spécifiquement pour l’IA

La CNIL a publié en 2024-2025 une série de recommandations sur le développement de systèmes d’IA couvrant la minimisation des données, les bases légales et la gestion des données sensibles. Pour l’annotation de données de santé (labellisation d’imageries, par exemple), la CNIL exige des critères objectifs et factuels, une sécurité renforcée des données annotées et une évaluation du risque de régurgitation par le modèle.

En juillet 2025, la CNIL a finalisé ses recommandations IA et RGPD et annoncé des travaux sectoriels ciblant spécifiquement la santé, avec une fiche dédiée à paraître prochainement. Elle prépare aussi des recommandations sur la responsabilité des différents acteurs de la chaîne de valeur IA (concepteurs, hébergeurs, intégrateurs).

III
L'hébergement

Certification HDS : le passage obligé

Toute personne physique ou morale qui héberge des données de santé à caractère personnel pour le compte d’un tiers doit être certifiée HDS, en vertu de l’article L.1111-8 du Code de la santé publique. Aucune dérogation possible.

La certification, délivrée par un organisme accrédité par le COFRAC, couvre six activités d’hébergement, regroupées en deux certificats. Elle est délivrée pour 3 ans avec un audit de surveillance annuel et repose sur les normes ISO 27001 et ISO 20000, avec des exigences additionnelles spécifiques au secteur de la santé et au RGPD.

Hébergeur d'infrastructure physique
Certificat 1 — 2 activités
1. Mise à disposition de sites physiques
2. Infrastructure matérielle
Hébergeur infogéreur
Certificat 2 — 4 activités
3. Infrastructure virtuelle
4. Plateforme logicielle
5. Administration et exploitation
6. Sauvegarde externalisée

Le référentiel HDS v2 : ce qui change

Le nouveau référentiel HDS publié au Journal Officiel le 16 mai 2024 introduit des changements majeurs. Quatre nouvelles exigences de souveraineté (exigences 28 à 31) imposent notamment l’hébergement physique exclusivement dans l’Espace économique européen (EEE), une transparence renforcée sur les risques d’accès par des législations de pays tiers, une articulation clarifiée avec la certification SecNumCloud de l’ANSSI, et l’alignement sur la norme ISO 27001:2022.

16 mai 2024
Publication du référentiel HDS v2 au Journal Officiel
16 novembre 2024
HDS v2 applicable aux nouvelles demandes de certification
16 mai 2026
Date limite de mise en conformité pour les hébergeurs déjà certifiés
2027
Prochaine révision prévue (alignement immunité extraterritoriale)
Piège juridique
Le référentiel HDS v2 ne prévoit pas encore d'alignement complet sur les exigences d'immunité extraterritoriale du référentiel SecNumCloud v3.2 (paragraphe 19.6). Ce point sera réévalué en 2027 en fonction des discussions européennes sur l'EUCS (European Cybersecurity Certification Scheme).

SecNumCloud : quand la certification HDS ne suffit pas

La qualification SecNumCloud, délivrée par l’ANSSI, représente le plus haut niveau de sécurité cloud en France. Elle va au-delà de la certification HDS sur plusieurs points critiques.

Critère HDS v2 SecNumCloud v3.2
Hébergement géographique Dans l'EEE En France uniquement
Immunité extraterritoriale Non exigée (2027) Exigée (CLOUD Act, FISA)
Capitaux européens majoritaires Non exigé Minimum 76 % UE
Siège social Pas d'exigence France ou UE
Référentiel technique ISO 27001 + exigences HDS 350+ critères ANSSI

Combiner HDS et SecNumCloud offre la protection maximale. C’est le niveau exigé pour le Health Data Hub et les données du Système national des données de santé (SNDS). La doctrine « Cloud au centre » de l’État impose SecNumCloud pour les données sensibles traitées par l’administration.

En pratique
Pour une startup IA santé, la certification HDS est le minimum légal. SecNumCloud est un avantage concurrentiel fort, notamment pour répondre aux appels d'offres du secteur public hospitalier.
IV
Souveraineté

Le Health Data Hub : trois ans de bras de fer

Le Health Data Hub (Plateforme des données de santé), créé par la loi du 24 juillet 2019, est le groupement d’intérêt public chargé d’organiser l’accès au SNDS, la plus grande base de données de santé en France. Elle compile les données de remboursement, les données hospitalières, les affections de longue durée et les arrêts de travail.

L’hébergement initial chez Microsoft Azure a déclenché une polémique majeure, alimentée par les risques liés au CLOUD Act américain. Malgré plusieurs recours, le Conseil d’État a confirmé en juin 2025 la légalité de cet hébergement.

En février 2026, le gouvernement a finalement annoncé l’abandon de la « solution intercalaire » pour basculer directement vers un hébergement souverain certifié SecNumCloud, avec une plateforme pleinement opérationnelle visée pour fin 2026. Parmi les candidats qui se sont positionnés : Cloud Temple (avec Atos et Docaposte) et OVHcloud.

Stratégie nationale
La stratégie nationale « IA et données de santé 2025-2028 », présentée en juillet 2025, structure les ambitions françaises autour de la simplification d'accès aux données, de la souveraineté numérique et du développement de l'IA en santé, avec le programme PARTAGES pour les modèles de langage appliqués à la santé.
V
Les nouvelles règles du jeu

L’AI Act entre à l’hôpital

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) ajoute une couche réglementaire spécifique aux systèmes d’IA. Le secteur de la santé est directement concerné par la classification haut risque, avec des obligations différenciées selon le type de système.

Deux voies de classification

Annexe III — Domaines sensibles
Applicable 2 août 2026

IA d'évaluation de l'éligibilité aux prestations de santé, scoring d'assurance maladie, triage des appels d'urgence. Voir la liste complète.

Annexe I — Produit réglementé
Applicable 2 août 2027

IA intégrée dans un dispositif médical (diagnostic, chirurgie assistée, imagerie). Composant de sécurité soumis à évaluation par un organisme notifié. Article 6 AI Act.

Les obligations pour les systèmes à haut risque sont lourdes : système de gestion des risques, gouvernance des données d’entraînement, documentation technique, marquage CE, traçabilité, contrôle humain et enregistrement dans la base de données de l’UE.

Comme le précise la CNIL dans ses questions-réponses sur l’AI Act, les systèmes d’IA à haut risque intégrés dans des dispositifs médicaux resteront régulés par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), tandis que la CNIL supervise le volet protection des données.

Exception possible
L'article 6(3) de l'AI Act prévoit une dérogation : un système listé en annexe III n'est pas considéré à haut risque s'il ne présente pas de risque significatif d'atteinte à la santé ou aux droits fondamentaux (tâche procédurale limitée, amélioration d'une activité humaine déjà réalisée, détection d'écarts sans remplacement du jugement humain). Cette dérogation doit être documentée et justifiée par le fournisseur avant toute mise sur le marché.

L’Espace européen des données de santé : le cadre de demain

Le règlement (UE) 2025/327 sur l’Espace européen des données de santé, adopté le 11 février 2025 et entré en vigueur le 26 mars 2025, est le premier espace de données sectoriel de l’UE. Il va profondément transformer l’accès aux données de santé pour l’IA.

Deux volets structurants

Utilisation primaire (soins) : les prestataires de soins devront échanger les données de santé électroniques via l’infrastructure MaSanté@UE dans des formats standardisés. En France, cela s’appuiera sur Mon espace santé.

Utilisation secondaire (recherche, IA, politiques) : c’est le volet le plus impactant pour l’IA. Des organismes responsables de l’accès aux données (ORAD) seront créés dans chaque État membre pour encadrer la réutilisation via des environnements sécurisés.

26 mars 2025
Entrée en vigueur du règlement EHDS
Mars 2027
Actes d'exécution de la Commission + désignation des ORAD
Mars 2029
Utilisation primaire (résumés patients, ordonnances) + utilisation secondaire
Mars 2031
Utilisation primaire 2e lot (imageries, résultats labo) + certification complète DME
2034
Connexions avec pays tiers

Comme le souligne le ministère de la Santé, les missions de la CNIL et du Health Data Hub devront être modifiées pour s’adapter à ce nouveau cadre. En cas de violation, le détenteur ou l’utilisateur risque une amende allant jusqu’à 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires mondial.

!
Conséquences

Quand les sanctions se cumulent

Les sanctions s’empilent en fonction de la réglementation violée. Un même manquement peut déclencher des sanctions au titre de plusieurs textes.

AI Act — Pratiques interdites
Autorité nationale (CNIL + autorité désignée)
35 M€ ou 7 % CA
RGPD — Amende maximale
CNIL
20 M€ ou 4 % CA
EHDS — Violation du règlement
ORAD
20 M€ ou 4 % CA
AI Act — Non-conformité haut risque
Autorité nationale
15 M€ ou 3 % CA
AI Act — Transparence
Autorité nationale
7,5 M€ ou 1 % CA
HDS — Défaut de certification
Juridictions pénales
PÉNAL
Risque pénal
Le défaut de certification HDS n'entraîne pas seulement des amendes administratives. C'est une infraction au Code de la santé publique qui peut entraîner des poursuites pénales. Un hébergeur non certifié qui stocke des données de santé pour le compte d'un tiers agit illégalement.
Mode d'emploi

Entraîner un modèle d’IA sur des données de santé françaises

L’entraînement d’un modèle d’IA sur des données de santé françaises cumule les contraintes. Voici la séquence à respecter.

1
Base légale et dérogation article 9
Identifier la base légale (article 6 RGPD : consentement, intérêt légitime, mission d'intérêt public) ET la dérogation pour données sensibles (article 9 RGPD : consentement explicite, recherche scientifique, intérêt public santé). Les deux sont cumulatifs.
2
Formalités CNIL
Si le traitement relève de la recherche en santé : déclaration de conformité à une méthodologie de référence ou demande d'autorisation. L'avis du CESREES (dont le secrétariat est assuré par le Health Data Hub) est requis pour les demandes d'autorisation.
3
Hébergement certifié HDS
Les données d'entraînement et l'infrastructure de traitement doivent être hébergées chez un prestataire certifié HDS. Pas d'exception.
4
Analyse d'impact (AIPD/DPIA)
Obligatoire pour tout traitement de données de santé à grande échelle (article 35 RGPD). La CNIL recommande de la réaliser systématiquement pour les projets IA et fournit des outils PIA dédiés.
5
Minimisation et pseudonymisation
Les recommandations CNIL pour l'IA insistent sur le choix du protocole d'apprentissage limitant l'accès aux données, le recours au chiffrement et l'évaluation du risque de régurgitation de données personnelles par le modèle.
Délais à anticiper
Pour un projet de recherche conforme à une méthodologie de référence, le processus est relativement fluide (déclaration de conformité). En dehors de ce cadre, comptez plusieurs mois pour obtenir une autorisation CNIL, un délai que la Commission de l'IA a recommandé de réduire.

Huit réflexes pour rester en conformité

01
Cartographier les données
Identifier précisément quelles données sont des « données de santé » au sens du RGPD. Le périmètre est plus large qu'on ne le pense.
02
Choisir un hébergeur HDS v2
Ne pas attendre la date limite du 16 mai 2026. Vérifier la liste officielle et privilégier le nouveau référentiel.
03
Anticiper la classification AI Act
Vérifier si votre outil tombe dans l'annexe III (santé publique, assurance, urgences) ou l'annexe I (dispositif médical). Documenter l'évaluation dans tous les cas.
04
Réaliser une AIPD avant tout
Pour les projets IA avec données de santé, c'est une obligation quasi systématique. La CNIL fournit des outils PIA dédiés.
05
Privilégier les MR CNIL
Si votre projet entre dans le périmètre d'une méthodologie de référence existante, la déclaration de conformité est beaucoup plus rapide qu'une autorisation ad hoc.
06
Intégrer la souveraineté
Pour les marchés publics et les projets impliquant le SNDS, la qualification SecNumCloud devient un avantage décisif. Surveiller la révision HDS prévue pour 2027.
07
Préparer l'EHDS
D'ici 2029, les règles de réutilisation secondaire vont profondément changer. Suivre les travaux de la Délégation au Numérique en Santé.
08
Tout documenter
Le principe d'accountability du RGPD, combiné aux exigences de l'AI Act, impose une traçabilité complète : choix techniques, bases légales, mesures de sécurité, évaluations de risques.

Les échéances à ne pas manquer

16 mai 2024
Publication du référentiel HDS v2 au Journal Officiel
16 novembre 2024
HDS v2 applicable aux nouvelles demandes de certification
2 février 2025
AI Act — Interdictions des pratiques à risque inacceptable
26 mars 2025
Entrée en vigueur du règlement EHDS
2 août 2025
AI Act — Obligations pour les modèles d'IA à usage général (GPAI)
16 mai 2026
Date limite de conformité HDS v2 pour les hébergeurs déjà certifiés
2 août 2026
AI Act — Application des règles IA haut risque (annexe III)
Fin 2026
Health Data Hub — Plateforme souveraine SecNumCloud visée
Mars 2027
EHDS — Actes d'exécution + désignation des ORAD. Révision prévue du référentiel HDS.
2 août 2027
AI Act — Règles IA haut risque intégrée aux produits (annexe I, dont dispositifs médicaux)
Mars 2029
EHDS — Application de l'utilisation secondaire des données de santé

La migration du Health Data Hub vers un cloud souverain et l’entrée en application progressive de l’AI Act, de l’EHDS et du référentiel HDS v2 dessinent un calendrier dense. Les acteurs qui auront anticipé ces échéances seront les mieux positionnés pour accéder à l’immense potentiel des données de santé françaises et européennes.

Sources principales

Sommaire